saltar al contenido

Livraison gratuite au Canada avec tout achat de 150$ et plus

Livraison fixe à 12$

Ours noir au Québec : mes rencontres et ce qu’elles m’ont appris

S’il y a un animal qui fait rêver autant les photographes que les amateurs de plein air, c’est bien l’ours noir. Chaque printemps, des milliers de Québécois espèrent apercevoir une silhouette noire traverser un chemin forestier ou sortir discrètement de la forêt. Au fil des années, j’ai passé des centaines d’heures à les observer et j’ai appris qu’il n’existe pas deux ours identiques. Certains sont curieux, d’autres extrêmement prudents et certains disparaissent à la seconde où ils comprennent qu’un humain se trouve à proximité. Ours noir 007 - Jean-Simon Bégin - Photographe Animalier et Artiste Peintre

Une des questions qu’on me pose le plus souvent durant mes événements à propos de mes expéditions photo est : « As-tu déjà eu peur en nature en présence d’un animal? » Cette question revient presque toujours lorsqu’on parle des loups et des ours. Pourtant, ma réponse risque d’en surprendre plusieurs. Je fais de la photographie animalière depuis plus de 25 ans et, malgré toutes mes rencontres avec des animaux sauvages, l’ours noir est loin d’être celui qui m’a donné mes plus grosses frousses.

Évidemment, des attaques d’ours noirs sur des humains ont déjà été répertoriées au Québec, mais elles demeurent extrêmement rares. L’ours noir cherche lui aussi généralement à éviter l’humain. Une mère accompagnée de ses petits peut cependant devenir beaucoup plus nerveuse si elle sent une menace. Dans mon cas, j’ai déjà été chargé et averti par une mère ours qui protégeait ses petits, mais je n’ai jamais été attaqué. Sur le coup, oui, j’ai parfois eu peur, mais au fil de mes rencontres, j’ai surtout compris que les ours noirs sont généralement beaucoup plus craintifs que l’image qu’on se fait d’eux.

Il faut évidemment toujours respecter l’animal et garder ses distances. Ce n’est pas parce que j’ai passé beaucoup de temps en leur présence que je considère un ours comme prévisible. Chaque individu est différent et chaque situation doit être analysée selon le comportement de l’animal. C’est probablement une des choses les plus importantes que toutes ces années sur le terrain m’ont apprises.


Ours noir 082 - Jean-Simon Bégin - Photographe Animalier et Artiste Peintre

J’ai justement vécu une rencontre qui illustre très bien cette réalité. Alors que je mangeais une barre tendre près du rivage, j’ai soudainement entendu un grand souffle. Un ours noir s’approchait de moi. Il ne semblait pas agressif, mais il était extrêmement curieux. Il essayait de me sentir et, à voir son comportement, il aurait certainement tenté d’aller voir ce qui se trouvait dans mon sac à dos.

J’ai dû le repousser vigoureusement. Ce genre de situation permet de comprendre toute la différence entre un animal agressif et un animal curieux qui commence à dépasser certaines limites. Il faut rester calme, observer son comportement et surtout ne pas courir. Dans cette situation, je lui ai fait face et je me suis montré imposant pour lui faire comprendre qu’il ne pouvait pas continuer à s’approcher.

Cette rencontre m’a aussi rappelé une règle extrêmement importante : ne nourrissez jamais un ours. Un ours qui associe les humains à une source de nourriture peut rapidement perdre une partie de sa méfiance naturelle. Un comportement qui peut sembler amusant ou inoffensif pour une personne peut éventuellement créer une situation dangereuse pour quelqu’un d’autre, mais aussi pour l’animal lui-même.

Ce qui me fascine justement chez l’ours noir, c’est la différence de comportement entre chaque individu. J’ai rencontré des ours qui ne me laissaient pratiquement aucune chance de les observer et d’autres qui étaient beaucoup plus tolérants. Le printemps dernier, j’ai même consacré plusieurs jours à la recherche d’un ours cannelle en Outaouais. Malgré les longues heures d’attente, les moustiques, les tiques et les journées parfois sans observation, chaque apparition demeurait un moment privilégié.

Ours noir 010 - Jean-Simon Bégin - Photographe Animalier et Artiste Peintre

Lorsqu’un ours finit par émerger de la forêt après des heures à attendre, tout le reste disparaît. C’est un sentiment difficile à expliquer à quelqu’un qui n’a jamais passé autant de temps à attendre un animal sauvage. On peut avoir chaud, être complètement mangé par les moustiques, avoir passé une journée sans pratiquement rien voir et soudainement oublier tout ça lorsqu’une silhouette apparaît entre les arbres. 

L’ours noir occupe aussi une place particulière dans notre imaginaire collectif. Il partage nos forêts depuis toujours et rappelle que le Québec possède encore d’immenses territoires sauvages. C’est un animal extrêmement répandu, mais sa présence peut parfois nous apprendre beaucoup sur les changements qui se produisent dans un territoire.

J’en ai notamment été témoin dans la réserve faunique des Laurentides. À l’époque où je suivais régulièrement les caribous forestiers de Charlevoix, le ministère avait entrepris des programmes de déprédation visant notamment les ours noirs dans l’objectif de protéger les caribous. Plus de 250 ours noirs avaient été tués dans le cadre de ces interventions. Dans les années qui ont suivi, j’avais remarqué qu’il était devenu très rare pour moi de voir un ours sur ce territoire. 

C’est aussi pour cette raison que mes années en photographie animalière ont changé ma manière de regarder les animaux. Lorsque je photographie un ours noir aujourd’hui, je ne vois pas seulement un sujet devant mon objectif. J’observe son comportement, le territoire dans lequel il évolue et sa réaction à ma présence. Je tente de comprendre pourquoi il est là et comment il utilise son environnement.

Avec les années, j’ai aussi compris que notre peur des animaux ne correspond pas toujours à la réalité de mes rencontres sur le terrain. Le loup et l’ours noir sont probablement deux des animaux qui font le plus peur dans l’imaginaire collectif. Pourtant, personnellement, c’est l’orignal avec lequel je suis le plus prudent dans les forêts du Québec. Je me suis fait charger à plusieurs reprises par des orignaux, autant des mâles que des femelles, et certaines de ces rencontres sont encore très fraîches dans ma mémoire.

Ça ne veut évidemment pas dire qu’un ours noir ne représente aucun risque. Un animal sauvage demeure un animal sauvage et je ne prends jamais sa présence à la légère. L’expérience ne doit jamais devenir une excuse pour perdre le respect ou la prudence. Au contraire, plus je passe de temps avec les animaux, plus je réalise l’importance de comprendre leurs comportements et surtout de savoir quand il faut leur laisser de l’espace.
Ours noir 083 - Jean-Simon Bégin - Photographe Animalier et Artiste Peintre

Après des centaines d’heures à observer les ours noirs, je continue donc d’être fasciné par eux. J’aime leur curiosité, leur prudence et surtout toutes les différences que je peux observer d’un individu à l’autre. Certaines rencontres durent quelques secondes et d’autres me demandent plusieurs journées d’attente avant de pouvoir réaliser une seule photographie.

C’est aussi ce que la photographie animalière représente pour moi. L’image n’est que la partie visible de l’histoire. Le temps passé dehors, la connaissance du comportement, les échecs, les moustiques, les tiques, la météo et surtout le respect de l’animal déterminent beaucoup plus le résultat que le simple fait d’appuyer sur le déclencheur. C’est cette histoire complète que j’essaie de transmettre dans mes photographies.

Publicación anterior Siguiente publicación

Deja un comentario

Ours noir au Québec : mes rencontres et ce qu’elles m’ont appris