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Ours blanc au Québec,  le rêve qui a changé ma façon de photographier le Nord

Depuis plusieurs années, je parcours le Nord du Québec à la recherche de sa faune. Parmi toutes les espèces que je rêvais de photographier, l’ours blanc occupait une place bien particulière. Je ne voulais cependant pas simplement voir un ours blanc. Je voulais que ma première véritable rencontre se déroule ici, au Québec, sur notre territoire.

Il m’aurait été beaucoup plus simple de prendre un billet d’avion vers Churchill, au Manitoba, et d’aller photographier les ours blancs dans le cadre d’un voyage organisé. Mais ce n’était pas ce que je recherchais. Je voulais partir à leur recherche au Nunavik, dans un territoire immense où les animaux se déplacent librement et où rien ne garantit qu’une expédition sera récompensée.

Ours blanc 07 - Jean-Simon Bégin - Photographe Animalier et Artiste Peintre

En 2022, je me suis lancé sérieusement dans cette quête. Après deux semaines à vivre au rythme du Grand Nord, mes efforts pour trouver les ours blancs n’avaient absolument rien donné. J’avais tout donné durant ces deux semaines, mais en photographie animalière, parfois on gagne et parfois on perd.

Le temps est différent là-haut. En été, il n’y a pratiquement pas de nuit. Les journées semblent ne jamais vraiment se terminer et la faune bouge sans arrêt au gré des saisons. Il existe très peu d’images de la faune du Nunavik et cette première expédition m’a rapidement fait comprendre pourquoi. Le territoire est immense, son accès est extrêmement difficile et les infrastructures sont limitées à quelques secteurs.

Ours blanc 018 - Jean-Simon Bégin - Photographe Animalier et Artiste Peintre

C’était beaucoup plus difficile que je l’avais imaginé, mais c’est justement ce qui me motivait à continuer. Personne n’avait réalisé le projet que j’étais en train de faire de cette façon et je crois qu’aucun grand accomplissement ne réside dans la facilité. Je ne voulais pas laisser tomber ce rêve. Je savais simplement que je devrais persévérer.

Quelques mois plus tard, je suis donc retourné dans le Nord avec le même objectif. Cette fois, je me suis rendu sur le territoire de la rivière George. J’y suis resté pendant 11 jours, mais la météo avait décidé une fois de plus de compliquer les choses.

La météo que nous avons eue était la pire qu’Alain, notre pilote chevronné, avait vue en plus de 30 ans sur ce territoire. Dans les Torngats, en avion, il n’y a aucune chance à prendre. Plusieurs personnes sont décédées dans ces lieux et l’aviation de montagne est particulièrement risquée. Durant ces 11 jours, nous avons réussi à voler seulement trois fois, sans jamais pouvoir atteindre les endroits les plus propices aux ours blancs.

La nature dictait notre quotidien. C’est probablement l’une des choses les plus importantes que le Nord m’a apprises. On peut préparer une expédition pendant des mois, investir énormément de temps et d’énergie et avoir le meilleur plan possible, mais une fois sur place, ce n’est plus nous qui décidons.

Ces 11 jours n’ont cependant pas été perdus. Nous avons eu plusieurs nuits avec un ciel complètement dégagé et j’ai pu observer les aurores boréales directement au-dessus de ma tête. Nous étions dans un des plus beaux endroits au Québec pour les observer. C’est un spectacle auquel je ne me suis jamais habitué.

J’ai finalement décidé de quitter le territoire de la rivière George pour me rendre dans un autre secteur plus prometteur. Pour la semaine suivante, je me suis installé dans le village de Tasiujaq. Mon objectif était encore une fois le même : trouver les ours blancs du Nunavik. Cette fois-ci, nous allions essayer de les trouver en bateau sur la mer.

C’est ce genre d’expédition qui a complètement changé ma façon de voir la photographie animalière. Pendant longtemps, on peut avoir l’impression que la réussite d’une expédition se mesure au nombre de bonnes photographies que l’on rapporte. Le Nord m’a appris exactement le contraire. Il m’a appris à accepter de revenir sans l’image que j’étais venu chercher.

J’ai continué à retourner dans le Nord et à chercher les ours blancs. Cette quête s’est étirée sur plusieurs expéditions et plusieurs années. Chaque échec rendait finalement la rencontre que j’espérais encore plus importante. Je ne voulais toujours pas prendre le chemin facile. Je voulais réussir à les photographier ici.

Puis, mes efforts ont finalement été récompensés. J’ai pu vivre ces rencontres que j’avais imaginées pendant des années et photographier les ours blancs sur notre territoire québécois.

Voir un ours blanc dans cet environnement est difficile à décrire. Sur les rochers sombres, sa fourrure claire contraste avec la rudesse du sol. C’est un animal parfaitement adapté à un environnement qui peut nous sembler complètement hostile. Le voir évoluer librement dans le Nord du Québec, après toutes ces années à essayer de le trouver, donnait une tout autre valeur à mes images.

Ours blanc 060 - Jean-Simon Bégin - Photographe Animalier et Artiste Peintre

J’ai aussi eu la chance d’observer des ours noirs tout juste avant certaines de mes rencontres avec les ours blancs. Voir ces deux espèces à peu de temps d’intervalle permet de réaliser à quel point elles sont différentes, particulièrement au niveau de leur taille. Pourtant, toutes les deux peuvent être observées dans le Nord du Québec.

Vous êtes aussi nombreux à me demander pourquoi je parle souvent d’« ours blanc » plutôt que d’« ours polaire ». J’ai pris l’habitude d’utiliser le terme ours blanc dans mes publications et c’est celui que je préfère. Pour moi, il représente bien cet animal que j’ai appris à connaître au fil de mes expéditions dans le Nord.

Cette quête m’a surtout appris que la photographie que je souhaite faire ne repose pas seulement sur l’animal qui se retrouve devant mon objectif. L’endroit, la façon dont je l’ai trouvé, les échecs qui ont précédé la rencontre et toute l’histoire derrière l’image sont devenus aussi importants que la photographie elle-même.

Si j’étais simplement parti dans un endroit où l’observation des ours blancs était beaucoup plus accessible, j’aurais peut-être obtenu de belles images beaucoup plus rapidement. Mais elles n’auraient jamais eu la même valeur pour moi. Je n’aurais pas vécu les semaines sans observation, les journées immobilisé par la météo, les vols annulés, les déplacements en bateau, les nuits sous les aurores boréales et cette impression constante de ne jamais savoir ce que le lendemain allait m’apporter.

Ours blanc 062 - Jean-Simon Bégin - Photographe Animalier et Artiste Peintre

C’est ce que je recherche aujourd’hui dans mes aventures. Je veux découvrir ce qui est difficile à voir et raconter notre territoire à travers les animaux qui l’habitent. Le Nunavik est l’un des endroits les plus spectaculaires que j’ai pu voir et pourtant, il demeure encore largement méconnu de la majorité des Québécois.

Après toutes ces années à parcourir le Nord, l’ours blanc représente donc beaucoup plus pour moi qu’une espèce que je voulais ajouter à mon catalogue. Il représente une quête qui m’a appris à perdre, à recommencer et à accepter que la nature ne me doit absolument rien.

En photographie animalière, l’image n’est que la partie visible de l’histoire. Le temps passé dehors, les échecs, la météo, les déplacements, la connaissance du territoire et surtout le respect de l’animal font partie de chaque photographie que je rapporte. Dans le cas de l’ours blanc, cette histoire s’est écrite sur plusieurs années.

C’est probablement pour cette raison que ces photographies ont autant de valeur à mes yeux. Elles ne représentent pas seulement mes rencontres avec les ours blancs du Québec. Elles me rappellent tout ce que j’ai dû vivre avant de finalement réussir à les photographier.

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