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Le troupeau - partie 1

La veille d’une première neige est toujours source de grandes émotions pour moi. C’est que cette neige, elle me rappelle tout l’amour que je porte pour l’hiver. Elle tombe sur l’automne comme un voile de souvenir lointain. Quand l’hiver apparait, on a toujours oublié à quoi il ressemblait.

Hier soir, moi et ma comparse d’exploration n’étions pas certains de l’emplacement du lieu de notre expédition matinale. Il y avait tellement en jeu. Cette neige donne le signal de l’approche de l’hiver. Elle change le comportement des animaux qu’elle touche. Dans le cas des orignaux, espèce que nous avions ciblée pour cette aventure, c’est un spectacle qui s’entame et ne dure que trop peu de temps. Les grands mâles qui se déchiraient le visage à grand coup de panache la semaine dernière mangent côte à côte sans aucune rancune. Les femelles, ayant terminé leur période de fécondité, s’alimentent et s’enfuient des jeunes mâles encore insistants. Cette période de grand rassemblement, je l’ai toujours vue comme une sorte de conseil de famille: une réunion avant l’aride saison.

Notre choix s’est arrêté sur un secteur que nous n’avions jamais vraiment pris la peine d’explorer. Vers 4h du matin, nous partîmes en direction de l’inconnu. J’étais rempli d’espoir. Les années m’ont appris qu’il vaut mieux être enthousiaste que pessimiste, car au final la route est plus agréable et le chemin pour s’y rendre aussi. Pour aller dans le secteur ciblé, nous devions faire l’ascension d’une montagne sur quelques kilomètres. Notre espoir était fondé sur le fait que les orignaux se regroupent en hauteur et dans des endroits dégagés à cette période de l’année.


C’est qu’il y a, dans le monde de la photographie animalière deux  types d’orignaux. Il y a ceux qui nous permettent de composer une image et qui généralement fréquentent les parcs nationaux. Ces derniers sont souvent habitués à la présence humaine et ne font que peu de cas de notre présence. Pour le deuxième type, il s’agit de ceux qui sont complètement sauvages et qui vivent dans des zones peu fréquentées par l’homme. C’est le deuxième type que nous avions l’intention de rencontrer. Le genre de rencontre qui ne vous laisse souvent pas deux chances de déclencher l’obturateur.

Arrivés sur place, notre première observation fut celle d’un immense orignal invisible.  Il ne nous laissa que le bruit de son panache se heurtant contre les branches pour estimer sa grandeur. Et, il semblait immense. La gelée de la nuit avait fait grandir de longs cheveux de glace sur le sol. Nous devions esquiver les zones givrés comme un vrai champ de mines. Chaque craquement nous semblait résonner à des kilomètres alertant tous les orignaux. Il faut dire que nous étions à notre plus haut niveau d’alerte, chaque son pouvait être celui qui nous coûte une rencontre.  Près du sommet, une belle femelle était figée sur le bout d’une falaise. Sa silhouette contrastait avec les arbres morts qui l’entouraient. Elle inspirait toute la force que les orignaux possèdent. Affrontant le grand vent et le froid. Au loin sur les sommets environnants, on pouvait voir la tempête de neige arriver.

Observant aux jumelle le flanc opposé de notre sommet, on y découdra environ huit orignaux. Deux était d’immenses mâles, deux autres plus petits et le reste des femelles. En observant le territoire qui nous entourait, on esquissa une trajectoire pour tenter de s'en approcher. Une distance d’environ un kilomètre nous séparait de ce petit troupeau sauvage…

Suite de l’histoire demain avec une autre image de cette rencontre et surtout l’explication de notre approche!❄️

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